Vendredi 28 décembre 2007
INSERTION
Article : Sans-abri : les acteurs de l'insertion veulent réformer un système en panne
Mots clés : Coordonner les actions cartographier les besoins et l’offre de services
"Il faut cesser de donner aux plus pauvres d'entre nous la part à la fois la plus compliquée et la plus précaire de nos politiques sociales". C'est la philosophie du rapport remis, mercredi 5 décembre au gouvernement, par le jury de la conférence de consensus réunie, les 29 et 30 novembre à Paris, par la FNARS et ses partenaires.
L'objectif de la rencontre était d'élaborer des propositions permettant d'aider les sans-abri à "sortir de la rue".
Au terme de plusieurs mois de préparation, deux jours de débats publics et deux autres de réflexion à huis clos, le jury présidé par le conseiller d'Etat Jean-Marie Delarue a ainsi plaidé mercredi, en conférence de presse, pour une refonte profonde du dispositif d'insertion, qui s'appuierait sur un certain nombre de "grands principes" partagés par l'ensemble des acteurs, notamment associatifs, qui oeuvrent dans ce domaine.
C'était tout l'objet de cette conférence de consensus, a souligné pour sa part Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS) et du comité d'organisation de l'événement, dont le bilan peut paraître bien mince en termes de propositions concrètes, mais "c'était un préalable indispensable de faire ce travail un peu ingrat de confrontation des points de vue, pour parvenir à une position partagée par des associations aussi différentes que les Enfants de Don Quichotte, les Restos du coeur ou la FNARS", a-t-elle défendu.
COORDONNER LES ACTIONS
Le rapport du jury, qui a entendu une quarantaine d'experts, a été transmis aux cabinets de Christine Boutin, de Martin Hirsch et de Nicolas Sarkozy, a poursuivi Nicole Maestracci, qui espère que les pouvoirs publics vont s'en saisir et faire preuve de la volonté politique attendue pour faire émerger une stratégie de réinsertion des personnes à la rue.
A cet égard, ce texte propose aussi la création d'une "structure interministérielle" pour traiter ces questions actuellement éclatées entre huit ministères sans compter la Justice et l'Intérieur.
Les membres du jury sont en effet tombés d'accord pour constater une "absence de réussite de la politique actuelle", qu'ils ont jugé pouvoir pallier, en premier lieu, en approfondissant la connaissance du public concerné afin de tenir compte, dans les solutions proposées, de "la grande diversité des situations existantes".
Réforme des outils statistiques, développement des choix de parcours et mise en place de politiques publiques temporelles devraient ainsi permettre d'adapter le temps et l'accompagnement accordés à chaque personne en fonction de ses besoins, de ses voeux et de ses capacités.
Car, faute de pilotage et de mise en cohérence des interventions sociales, le système fonctionne toujours à la manière des "portes tournantes", a déploré Jean-Marie Delarue, reprenant à son compte une image venue d'outre-Manche (revolving doors) : on entre dans le système d'hébergement et on en ressort en moins de temps qu'il n'en faut pour tomber encore plus bas.
CARTOGRAPHIER LES BESOINS ET L'OFFRE DE SERVICE
Il est en particulier impératif de lier les mécanismes de prévention des causes de mise à la rue des personnes, quelles qu'elles soient (expulsion locative, exclusion sociale, "désastre individuel", ...), avec les politiques de prise en charge des sans-abri, a-t-il assuré, en critiquant "l'enchevêtrement de compétences qui rend compliquée la lisibilité du dispositif aussi bien pour les personnes concernées que pour les travailleurs sociaux".
Estimant à cet égard que les actions menées en faveur des SDF gagneraient à être coordonnées en fonction d'une carte des besoins et de l'offre de services, le jury a écarté, comme unité géographique de référence, les villes et les départements au profit des "bassins de vie", une notion forgée sur le modèle des "bassins d'emplois" et alliant proximité et intercommunalité par le biais de conventions d'objectifs et de moyens.
Dans sa description des écueils qui entravent la réinsertion des personnes à la rue, le président du jury, Jean-Marie Delarue, n'a pas non plus passé sous silence la difficulté d'y parvenir dans un pays touché par une "crise du logement redoutable qui nous ramène 50 ans en arrière".
Il s'est d'ailleurs interrogé sur la mise en oeuvre du droit au logement opposable tel qu'il est édicté par la loi du 5 mars 2007, étant donné l'écart entre les besoins et l'offre de logements sociaux accessibles aux plus démunis. "Quand je vois que sur 80 000 logements construits l'an dernier, il y a seulement 8 000 PLAI, j'ai honte", a-t-il avoué.